Retard de diagnostic à l’hôpital : 240 000 € d’indemnisation

Madame P. (65 ans) a subi un accident médical fautif lors d’une hospitalisation à l’hôpital Nord Franche-Comté. Une prise de sang a entraîné un hématome compressif au pli du coude droit, suivi de troubles neurologiques sévères de la main dominante.

Malgré l’apparition précoce de signes neurologiques alarmants, le diagnostic et la prise en charge ont été retardés de plus de 37 jours. Par jugement du 21 octobre 2025, le Tribunal administratif de Besançon a condamné l’établissement public à verser 240 599,42 € (après déduction d’une provision de 2 000 €).

Que s’est-il passé pendant l’hospitalisation ?

En août 2022, Madame P. est hospitalisée dans un contexte lié à la prise d’un traitement anticoagulant.           
Au cours de l’hospitalisation, une prise de sang provoque un hématome compressif au pli du coude droit. 

Dans les jours qui suivent, des symptômes apparaissent rapidement : troubles moteurs et sensitifs sévères affectant la main dominante. Ces signes neurologiques, décrits comme alarmants, vont s’inscrire dans une évolution défavorable en l’absence de prise en charge adaptée dans des délais appropriés.

Quand un retard de diagnostic devient-il une faute de l’hôpital ?

Un retard de diagnostic n’est pas automatiquement fautif. Il peut être considéré comme une faute lorsque la prise en charge révèle un manquement au regard de la situation : signes d’alerte non pris en compte, examens non réalisés ou non interprétés à temps, orientation tardive, ou décision thérapeutique inadaptée.

Dans ce dossier, il a été retenu que le diagnostic et la prise en charge ont été retardés de plus de 37 jours, malgré des signes neurologiques précoces. 

Ce délai a eu des conséquences lourdes, en lien avec une compression prolongée d’un nerf au niveau du membre supérieur.

Ce que l’expertise judiciaire a mis en évidence

À la suite d’une procédure engagée par la victime, assistée par Maître Carré-Paupart, avocate en responsabilité médicale, une expertise médicale judiciaire a été ordonnée.

Trois constats déterminants dans le dossier

Les experts ont formellement retenu :

  • un retard fautif dans le diagnostic et la prise en charge de l’hématome compressif,
  • une compression prolongée du nerf médian, à l’origine des séquelles irréversibles,
  • une perte de chance évaluée à 50 % d’éviter les séquelles neurologiques définitives.

Le tribunal a écarté toute indemnisation au titre de la solidarité nationale (ONIAM), retenant une responsabilité pour faute exclusive de l’établissement hospitalier à hauteur de la perte de chance de 50%.

Des séquelles lourdes qui changent la vie au quotidien

La victime présente aujourd’hui des séquelles importantes, dont :

  • une atteinte permanente sévère du nerf médian,
  • un déficit fonctionnel permanent de 45 %,
  • des douleurs chroniques importantes,
  • une perte d’autonomie nécessitant une aide humaine quotidienne à vie,
  • un préjudice d’agrément,
  • un préjudice esthétique,
  • un préjudice sexuel.

La consolidation de l’état de santé a été fixée au 30 septembre 2024.

Quelle indemnisation a été obtenue devant le Tribunal administratif ?

Par jugement du 21 octobre 2025, le Tribunal administratif de Besançon a condamné l’hôpital Nord Franche-Comté à verser à la victime la somme globale de 240 599,42 €, après déduction de la provision déjà versée (2 000 €).

Les postes de préjudice pris en compte par le jugement

Voir les principaux postes indemnisés
  • Frais de médecin conseil
  • Tierce personne (temporaire et viagère)
  • Déficit fonctionnel temporaire et permanent
  • Souffrances endurées
  • Préjudices esthétiques
  • Préjudice d’agrément
  • Préjudice sexuel
  • Adaptation du domicile et du véhicule

Le tribunal a appliqué le barème de capitalisation Gazette du Palais 2025, dans une approche conforme au principe de réparation intégrale du préjudice corporel.

Vous suspectez un retard de diagnostic : par où commencer ?

Dans ce type de dossier, l’efficacité repose souvent sur une méthode simple : chronologie – expertise – chiffrage.

  • Reconstituer la chronologie médicale : symptômes, alertes, décisions, examens, délais, orientation.
  • Sécuriser la preuve : dossier médical complet, comptes rendus, résultats d’examens, prescriptions, courriers.
  • Préparer l’expertise (souvent déterminante) : points à discuter, impacts fonctionnels, besoins en aide humaine et aménagements.
  • Chiffrer poste par poste : aide humaine, déficits fonctionnels, frais futurs, aménagements, préjudices personnels.
  • Comprendre la “perte de chance” lorsque le tribunal retient une indemnisation proportionnelle à la probabilité d’éviter les séquelles.

La checklist des pièces utiles avant toute démarche

Besoin d’être accompagné dans un dossier de responsabilité hospitalière ?

Cette décision montre l’enjeu d’être assisté dans un dossier de responsabilité hospitalière, en particulier lorsqu’il s’agit d’un retard de diagnostic et de séquelles lourdes : constitution du dossier, stratégie d’expertise, et chiffrage rigoureux des préjudices.

Vous souhaitez une première analyse ? Contactez le cabinet.


Nous contacter
Ce champ est invalide
Ce champ est invalide
Ce champ est invalide
Ce champ est invalide